Ancien Hôtel-Dieu
Érigé en 1632 par un grand archidiacre sarladais, cet ancien hôtel-Dieu cache derrière son portail à pilastres une cour intérieure ornée d'une échauguette en encorbellement et d'une niche à coquille d'une grâce singulière.
History
Au cœur de Sarlat-la-Canéda, ville dont les ruelles dorées concentrent l'un des plus beaux patrimoines médiévaux et Renaissance de France, l'ancien Hôtel-Dieu se distingue par une discrétion trompeuse. Sa façade orientale, sobre et austère en apparence, dissimule un ensemble architectural d'une étonnante richesse, fruit d'une époque charnière où la charité chrétienne s'exprimait par la pierre autant que par les soins prodigués aux malades et aux indigents. L'édifice frappe d'abord par son portail d'entrée, encadré de deux pilastres à chapiteaux en coussinets rectangulaires en encorbellement — un détail d'une élégance toute classique, rarissime dans le Périgord Noir. L'arc surbaissé, inscrit sous un tableau lisse qui semblait destiné à recevoir une inscription fondatrice ou un blason disparu, témoigne du soin apporté à la représentation et au prestige de l'institution. Passé le seuil, le visiteur découvre une cour intérieure rectangulaire fermée par une belle grille en fer forgé, véritable sanctuaire de silence au milieu de l'agitation de la cité. Un coin de cette cour est animé par une échauguette sur encorbellement à quatre redans — élément défensif et décoratif hérité du répertoire médiéval — tandis qu'une niche à statue coiffée d'un dais en coquille apporte une touche de spiritualité et de grâce baroque à l'ensemble. Le rez-de-chaussée entièrement voûté, compartimenté par de puissants arcs surbaissés, évoque l'organisation fonctionnelle des grands hôpitaux de l'Ancien Régime : des salles dédiées aux soins, à l'accueil des pauvres, aux offices religieux, que l'on devine derrière la robustesse de la maçonnerie. L'édifice s'élève sur deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, formant aujourd'hui un îlot isolé au cœur du tissu urbain depuis le percement des rues au XIXe siècle. Inscrit aux Monuments Historiques en 1977, l'ancien Hôtel-Dieu de Sarlat est un témoin précieux de l'architecture charitable et institutionnelle du XVIIe siècle en Périgord, à découvrir lors d'une flânerie dans la cité médiévale, en complément des joyaux plus célèbres que sont la cathédrale Saint-Sacerdos ou la lanterne des Morts.
Architecture
L'ancien Hôtel-Dieu de Sarlat relève d'un classicisme provincial du premier XVIIe siècle, sobre et mesuré, qui emprunte au vocabulaire de la Renaissance tardive ses références à l'Antiquité tout en conservant une robustesse constructive typiquement périgourdine. L'édifice s'organise autour d'une cour intérieure rectangulaire, schéma hérité de l'architecture hospitalière médiévale et conventuellement bien rodé, permettant une distribution fonctionnelle des espaces de soins et de vie autour d'un espace central aéré. La façade orientale, principale façade d'apparat, concentre l'essentiel du décor architectural. Son portail, pièce maîtresse de l'ensemble, est encadré de deux pilastres dont les chapiteaux — formés de deux coussinets rectangulaires en encorbellement — constituent une interprétation personnelle et inventive des ordres classiques. L'arc surbaissé de la porte s'inscrit sous un premier tableau lisse, probablement destiné à une inscription ou un décor sculpté disparu, lui-même coiffé d'un second tableau orné de triglyphes — motif dorique — qui supporte une corniche à fort débord. Cette succession de registres horizontaux confère au portail une monumentalité maîtrisée. La cour intérieure est fermée par une grille en fer forgé et animée, à l'un de ses angles, d'une échauguette sur encorbellement à quatre redans, emprunt éloquent au vocabulaire militaire médiéval recyclé à des fins décoratives. Une niche à statue sous dais en coquille — élément baroque et dévot — apporte une note de spiritualité sculptée. Le rez-de-chaussée, entièrement voûté et structuré par de puissants arcs surbaissés, révèle la solidité constructive de l'ensemble, vraisemblablement bâti en calcaire jaune du Périgord, la pierre dorée caractéristique de Sarlat.


