Ancien hôtel Boussicaud
Au cœur d'Arles, cet hôtel particulier du XVIIe siècle incarne l'âge d'or de l'architecture domestique arlésienne, avec ses plafonds peints et ses somptueuses cheminées en gypserie d'une rare finesse.
History
Dissimulé dans le tissu urbain dense du vieux Arles, l'ancien hôtel Boussicaud est l'un de ces joyaux discrets que la cité camargaise sait si bien garder pour elle. Façade sobre, alignée sur la rue comme l'exigeaient les ordonnances municipales de l'époque, rien ne trahit d'emblée la richesse intérieure de ce bâtiment qui fut, au XVIIe siècle, la demeure d'une bourgeoisie terrienne à la fortune discrète mais bien réelle. C'est à l'intérieur que l'édifice révèle toute son âme. Les plafonds peints du début du XVIIe siècle constituent une curiosité rare dans le patrimoine arlésien : réalisés selon les canons décoratifs de la première époque baroque méridionale, ils mêlent ornements géométriques, motifs floraux et figures allégoriques dans un souffle coloré qui témoigne d'un commanditaire soucieux de s'inscrire dans la modernité artistique de son temps. Les cheminées en gypserie — technique de sculpture du plâtre héritée des ateliers provençaux — rivalisent d'élégance avec les meilleurs exemples hôteliers de la région. Visiter l'hôtel Boussicaud, c'est plonger dans un XVIIe siècle que les guides de voyage n'indiquent pas toujours. Loin des amphithéâtres romains et des cloîtres de Saint-Trophime qui accaparent les foules, ce lieu s'adresse aux curieux qui savent que le génie d'une ville se lit aussi dans ses demeures bourgeoises, dans la manière dont ses habitants fortunés ont choisi de vivre et de se représenter. Le cadre arlésien renforce encore le charme de la visite. La cité des Alyscamps, classée à l'UNESCO pour ses vestiges antiques, offre un contexte de promenade incomparable. L'hôtel Boussicaud s'inscrit dans un quartier où chaque façade raconte plusieurs siècles d'histoire superposés, où l'Antiquité romaine, le Moyen Âge et la Renaissance classique se côtoient à chaque coin de rue. Inscrit aux Monuments Historiques par arrêté du 2 mars 2016, cet édifice bénéficie désormais d'une protection officielle qui consacre son importance dans le paysage patrimonial d'une ville déjà exceptionnellement dotée. Un témoignage précieux de ce que fut Arles lorsque ses marchands et propriétaires terriens bâtissaient pour l'éternité.
Architecture
L'hôtel Boussicaud s'inscrit dans la grande tradition de l'hôtel particulier provençal du XVIIe siècle, dont il respecte les codes fondamentaux : organisation autour d'un noyau central, distribution verticale par escalier noble, façade en pierre de taille calcaire caractéristique de la région arlésienne. La pierre locale, extraite des carrières des Alpilles toutes proches, confère à l'édifice cette teinte blonde et chaude si reconnaissable dans le bâti historique de la ville. En façade, l'alignement imposé par les règlements municipaux du XVIIe-XVIIIe siècle a produit une élévation sobre, rythmée par des ouvertures régulières aux proportions classiques. Cette rigueur extérieure contraste délibérément avec la générosité décorative des intérieurs. À l'intérieur, les plafonds peints constituent le point fort de l'édifice : répartis sur les pièces de réception du premier étage, ils déploient un programme ornemental mêlant caissons colorés, motifs végétaux et figures emblématiques propres à l'iconographie bourgeoise du Grand Siècle. Les cheminées en gypserie, quant à elles, témoignent d'une maîtrise technique spécifiquement provençale : le gyps — plâtre sulfaté — y est travaillé en reliefs finement sculptés, produisant des encadrements d'une légèreté trompeuse malgré la robustesse du matériau.


