
Ancien couvent des Ursulines, ancien hôpital
Ancienne clôture ursuline du XVIIe siècle reconvertie en hôpital, ce couvent montargois recèle un cloître à double galerie et une façade éclectique des années 1930 d'une singulière élégance.

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History
Au cœur de Montargis, ville du Gâtinais surnommée la « Venise du Loiret » pour ses canaux, l'ancien couvent des Ursulines forme un ensemble architectural à nul autre pareil : trois siècles d'histoire superposés en un seul lieu, où la rigueur conventuelle du XVIIe siècle dialogue avec l'audace décorative de l'entre-deux-guerres. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1994, il constitue l'un des témoignages les plus complets — et les plus méconnus — de l'architecture religieuse et hospitalière du Loiret. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la coexistence de deux logiques architecturales antagonistes : d'un côté, le cloître originel, sobre et presque austère, rythmé par de simples arcades que surmontent de fines colonnes de fonte portant la pente du toit ; de l'autre, la façade néo-éclectique édifiée entre 1926 et 1932, flamboyante alternance de brique et de pierre ponctuée d'un porche à colonnes habillées de mosaïques polychromes. Entre ces deux pôles, le visiteur traverse quatre siècles d'usages successifs inscrits dans la pierre. L'expérience de visite offre une déambulation à plusieurs vitesses. La cour intérieure invite à la contemplation : entourée de trois ailes en U, ses galeries superposées évoquent encore la vie régulière des religieuses, le silence des offices et les pas feutrés des novices. Les escaliers à balustres de bois tourné, trois au total, sont les seuls intérieurs authentiquement conservés — des pièces d'ébénisterie sobre qui témoignent du soin apporté aux détails même dans une maison vouée à la prière et au renoncement. Le cadre urbain ajoute une dimension particulière à la visite. Implanté en centre-ville, le monument s'apprécie aussi bien depuis la rue, où la façade des années 1930 s'impose comme un manifeste architectural à part entière, que depuis la cour, où le contraste avec les constructions modernes environnantes souligne, par contraste, la dignité tranquille du cloître originel. Un lieu de mémoire autant qu'un objet d'architecture, idéal pour qui s'intéresse à la stratification du temps dans la ville française.
Architecture
L'architecture du couvent des Ursulines de Montargis est le produit d'une sédimentation pluriséculaire dont chaque couche reste lisible à qui sait l'observer. Le noyau original, construit à partir de 1644, s'organise selon le plan conventuel classique : trois ailes disposées en U autour d'une cour intérieure, fermée par un cloître à deux niveaux de galeries. Ce cloître, volontairement dépouillé, s'inscrit dans la tradition ursuline de sobriété : aucun ornement sculpté, aucune fantaisie décorative n'anime les arcades ; seule la rythmique des ouvertures structure la façade. La galerie haute, particularité remarquable, est couverte par le débordement de la toiture principale, reposant sur de fines colonnes de fonte — élément atypique qui trahit une restauration ou une adaptation du XIXe siècle, la fonte étant alors le matériau moderne par excellence. La façade sur rue, œuvre de l'architecte Philippon élevée entre 1926 et 1932, constitue un second registre architectural autonome. Relevant d'un éclectisme de l'entre-deux-guerres, elle articule savamment les jeux chromatiques de la brique et de la pierre dans une composition symétrique dominée par un pavillon central. Celui-ci abrite un porche d'apparat dont les voûtes d'arêtes, dites « fausses » car vraisemblablement en staff ou en enduit, reposent sur des colonnes intégralement habillées de mosaïques polychromes — détail décoratif d'une générosité inattendue pour un bâtiment public. L'ensemble évoque les grandes réalisations hospitalières et scolaires de la Troisième République finissante, soucieuses d'allier représentation institutionnelle et modernité ornementale. À l'intérieur, les trois escaliers à volées droites conservés, avec leurs rampes à balustres de bois tourné, représentent les derniers témoins authentiques du décor conventuel du XVIIe siècle.


