
Ancien couvent des Capucins
Joyau méconnu du béton armé à Tours, la chapelle des Capucins signée Auguste et Gustave Perret révèle un modernisme sobre et audacieux, témoignage rare de l'avant-garde architecturale du début du XXe siècle.

© Wikimedia Commons
History
Au cœur de Tours, l'ancien couvent des Capucins abrite l'une des œuvres les plus discrètes et les plus précieuses des frères Perret, pionniers absolus du béton armé en France. Si le nom de Perret évoque spontanément le Havre ou le Théâtre des Champs-Élysées, c'est ici, dans une ruelle tourangelle, que la même intelligence constructive s'exprime à une échelle intime et presque confidentielle. La chapelle, qui occupe l'aile ouest du couvent, frappe d'emblée par la sincérité de ses matériaux : le béton armé n'y est ni masqué ni embelli, il structure l'espace avec une logique qui annonce déjà le brutalisme tout en conservant la dignité propre à l'architecture religieuse. Le damier de parpaings de ciment crée un rythme visuel subtil sur les façades, transformant une contrainte économique en signature esthétique. À l'intérieur, le regard est attiré par la vaste peinture sur toile marouflée réalisée par Madame Masse, œuvre qui dialogue avec la froideur calculée du béton pour restituer à l'espace sa dimension spirituelle. Ce contraste entre la rigueur structurelle et la chaleur picturale constitue l'une des tensions les plus fascinantes du lieu. Le monument, aujourd'hui reconverti en équipement médico-social, n'est pas ouvert au public dans les conditions d'un site touristique classique, ce qui lui confère une aura de rareté. Pour l'amateur d'architecture du XXe siècle, le simple fait d'en apercevoir les volumes depuis la rue représente déjà une découverte précieuse, et toute visite organisée dans le cadre des Journées du Patrimoine ou d'un circuit spécialisé devient un véritable privilège.
Architecture
La chapelle des Capucins de Tours constitue un exemple remarquable de l'architecture religieuse moderniste du premier quart du XXe siècle, telle que la concevaient Auguste et Gustave Perret. Le parti architectural repose sur l'emploi assumé du béton armé comme matériau structurel principal, complété par des parpaings de ciment disposés en damier sur les façades. Ce motif en échiquier, loin d'être un simple habillage, traduit la logique constructive poteau-poutre chère aux Perret : la trame visible sur les murs exprime honnêtement la réalité de la structure portante. Le volume de la chapelle est sobre et allongé, inscrit dans l'aile ouest du couvent dont il occupe une longueur réduite par rapport au programme initial. Cette compacité imposée par les contraintes budgétaires confère à l'espace intérieur une intensité particulière : la lumière, filtrée par des ouvertures calculées, sculpte les surfaces brutes avec une précision qui n'est pas sans rappeler les effets recherchés dans les grandes œuvres de l'architecte à l'église du Raincy (1922-1923). Le traitement des parois intérieures dialogue avec la toile marouflée de Madame Masse, œuvre picturale de grande dimension intégrée à la composition générale. L'ensemble illustre la doctrine perretienne fondamentale : l'architecture ne doit pas mentir sur ses matériaux ni sur sa structure. Le béton n'est pas recouvert d'enduit ou de pierre de taille pour se faire passer pour autre chose — il s'affirme dans son identité propre, annonçant avec quelques décennies d'avance les partis pris du brutalisme et de l'architecture contemporaine.


