
Ancien château des Archevêques
Perché au cœur de la Touraine, l'ancien château des Archevêques d'Artannes-sur-Indre conjugue tours cylindriques du XVe siècle et élégance gothique flamboyant, témoignage rare du pouvoir épiscopal ligérien.

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History
Niché dans le doux val de l'Indre, à quelques lieues de Tours, le château des Archevêques d'Artannes-sur-Indre s'impose comme l'un des joyaux méconnus du patrimoine tourangeau. Loin des foules qui se pressent sur la Loire, ce manoir seigneurial offre à l'œil averti une leçon d'architecture de la fin du Moyen Âge, où la puissance cléricale sait se vêtir de grâce. Ce qui distingue ce château des demeures de plaisance contemporaines, c'est précisément cette double nature : forteresse résiduelle et résidence de prestige. Les deux tours cylindriques qui flanquent l'aile en retour d'équerre rappellent les exigences défensives du XVe siècle, tandis que la porte surmontée d'une accolade à fleuron et crochets trahit un goût déjà raffiné pour l'ornement gothique flamboyant. La chapelle, nichée en saillie sur la façade ouest, souligne quant à elle la dimension spirituelle d'un lieu qui fut, des siècles durant, la demeure de princes de l'Église. Visiter Artannes, c'est s'engager dans une expérience intimiste et presque confidentielle. L'ensemble architectural, organisé autour d'une cour d'honneur que traverse un passage voûté, dévoile progressivement ses volumes : le corps principal à un étage sous comble, les tours polygonales de la façade ouest, la petite cour nord où règne une tranquillité monacale. Chaque angle réserve une découverte, qu'il s'agisse d'un détail sculpté ou d'une perspective inattendue sur le coteau ligérien. Le cadre naturel amplifie le charme du site. L'Indre, rivière secrète chantée par Balzac — né à moins de vingt kilomètres —, irrigue une vallée d'une douceur presque méridionale. Vignes, tuffeau blanc et ciel de Touraine composent un tableau qui fait de cette visite une promenade autant paysagère qu'historique. Les amateurs de photographie trouveront dans les lumières de fin d'après-midi de quoi sublimer les façades en pierre blonde.
Architecture
Le château des Archevêques d'Artannes-sur-Indre présente un plan articulé autour de deux entités principales : un corps de logis rectangulaire développé sur rez-de-chaussée, un étage et un comble, et une aile en retour d'équerre qui lui est perpendiculairement adossée. Cette disposition en L, caractéristique des demeures seigneuriales de la fin du Moyen Âge, organise l'espace autour d'une cour d'honneur que relie, par un passage traversant, une cour nord plus intime. La porte fermant ce passage au nord constitue l'un des ornements les plus soignés de l'ensemble : son arc en accolade surmonté d'un fleuron et flanqué de crochets sculptés illustre le vocabulaire gothique flamboyant dans son expression la plus élégante. Le dispositif défensif est assuré par quatre tours : deux cylindriques saillant aux angles nord et sud de l'aile en retour, et deux polygonales encadrant la façade ouest du corps principal. Ce choix de profils différents — cylindrique d'un côté, polygonal de l'autre — est révélateur d'une époque de transition, où l'impératif militaire cède progressivement la place à la recherche esthétique. La façade ouest abrite également une petite saillie identifiée comme l'ancienne chapelle du château, dont la présence rappelle le statut particulier d'une résidence épiscopale. L'ensemble est vraisemblablement bâti en tuffeau, pierre calcaire blanche caractéristique de la Touraine, à la fois tendre à tailler et résistante au temps, qui donne à l'architecture ligérienne son inimitable lumière.


