Ancien archevêché, puis Musée des tapisseries et théâtre
Joyau baroque du XVIIIe siècle, l'ancien archevêché d'Aix-en-Provence abrite aujourd'hui le Musée des tapisseries et un théâtre : un voyage entre fastes épiscopaux et chef-d'œuvres textiles au cœur du Vieil-Aix.
History
Au cœur du Vieil-Aix, à deux pas de la cathédrale Saint-Sauveur, l'ancien archevêché déploie une façade classique d'une élégance discrète qui cache des trésors insoupçonnés. Construit dans la première moitié du XVIIIe siècle pour loger les archevêques d'une des sièges épiscopaux les plus prestigieux du royaume, le palais incarne à la perfection le goût provençal pour une grandeur mesurée, entre solennité nordique et légèreté méridionale. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est la reconversion réussie de ses fastueux appartements en écrin muséal. Le Musée des tapisseries y conserve une collection d'une rare qualité : des tentures de Beauvais du XVIIe et XVIIIe siècle, des séries illustrant les aventures de Don Quichotte, des motifs grotesques à fond jaune commandés par des prélats fortunés — autant de chefs-d'œuvre textiles qui dialoguent naturellement avec la sophistication des boiseries et des plafonds moulurés qui les encadrent. L'expérience de visite est d'une singularité remarquable : déambuler de salle en salle, c'est traverser à la fois l'histoire de l'Église gallicane, celle du mécénat épiscopal provençal et celle des arts décoratifs français dans leur âge d'or. Les proportions généreuses des pièces, la hauteur des plafonds, les parquets à la française encore en place dans plusieurs salons permettent d'imaginer sans effort la vie raffinée qui s'y déroulait. Le palais abrite également un théâtre intérieur d'une intimité saisissante, héritage direct des usages aristocratiques du XVIIIe siècle où musique, pièces de théâtre et concerts ponctuaient la vie des grandes demeures ecclésiastiques. Ce théâtre, restauré et toujours en activité, accueille notamment le Festival d'Art Lyrique d'Aix-en-Provence, conférant à l'édifice une vitalité artistique rare pour un monument classé. Le cadre urbain renforce encore le charme du lieu : les ruelles du Vieil-Aix, les hôtels particuliers en pierre de Bibémus, les fontaines moussues et les platanes centenaires composent un environnement qui fait de la visite un moment suspendu hors du temps, dans la Provence la plus authentique.
Architecture
L'ancien archevêché d'Aix-en-Provence s'inscrit dans le courant du classicisme français provincial tel qu'il s'exprime en Provence dans la première moitié du XVIIIe siècle : une synthèse entre la rigueur du grand classicisme versaillais et la sensibilité méridionale pour la lumière, la couleur dorée de la pierre et les volumes généreux. La façade, sobre et ordonnancée, adopte les codes de l'architecture palatiale de l'époque — travées régulières, bandeaux de pierre marquant les niveaux, fenêtres à frontons alternés ou moulurés — sans chercher l'ostentation des grandes résidences parisiennes. La distribution intérieure suit le plan en enfilade caractéristique des palais d'Ancien Régime : une succession de salons de réception aux proportions majestueuses, ornés de boiseries peintes ou dorées, de plafonds à caissons moulurés et de parquets à la française. Les cheminées en marbre de Carrare ou en pierre de Cassis, typiques du luxe provençal du XVIIIe siècle, ponctuent les pièces principales. La chapelle privée, adossée au corps de logis, conserve un décor en stuc d'une grande finesse, héritage des stuqueurs italiens et genevois actifs en Provence à cette période. Le théâtre intérieur constitue l'élément le plus rare et le plus précieux de l'ensemble architectural : scène à l'italienne, loges en bois peint, plafond ornementé et acoustique soignée en font l'un des rares théâtres de palais episcopal subsistants en France méridionale. L'ensemble du palais est construit en pierre calcaire de Bibémus, cette roche ocre dorée caractéristique d'Aix-en-Provence qui lui confère cette teinte chaude et lumineuse si reconnaissable dans le paysage urbain.


