Aux confins du Cap Sizun, cette allée couverte néolithique dissimulée dans le bocage finistérien dévoile des dalles de granite vieilles de plus de 5 000 ans, témoignage silencieux des premiers bâtisseurs de Bretagne.
Perchée sur la presqu'île du Cap Sizun, à l'extrémité occidentale du Finistère, l'allée couverte de Ty-ar-c'horriket appartient à cette constellation de monuments mégalithiques qui font de la Bretagne l'un des territoires funéraires préhistoriques les plus denses d'Europe. Son nom breton, évocateur et mystérieux, signifie littéralement « la maison des korrigans », ces lutins farceurs du folklore armoricain que la tradition populaire a longtemps associés aux vieilles pierres dressées dans la campagne. L'édifice se présente sous la forme classique des allées couvertes armoricaines : un couloir sépulcral allongé, délimité par de grandes orthostates de granite local soigneusement dressées, coiffées de dalles de couverture massives formant un plafond monolithique. Cette architecture de pierre brute, apparemment simple, témoigne en réalité d'une maîtrise technique et d'une organisation sociale remarquables pour des populations néolithiques dont l'outillage se limitait à la pierre, à l'os et au bois. Visiter Ty-ar-c'horriket, c'est s'immerger dans une temporalité vertigineuse. La lumière rasante du matin, fréquente sous le ciel souvent mouvementé du Finistère, révèle avec une acuité particulière les surfaces grenues du granite, les joints entre les dalles, et cette atmosphère de recueillement que les constructeurs ont su graver dans la pierre pour l'éternité. Les amateurs de géologie apprécieront la qualité du granite local, dont les tons gris bleutés s'accordent parfaitement avec les paysages environnants. L'environnement bocager et atlantique du Cap Sizun confère au site un caractère à la fois sauvage et intime. À proximité s'étendent les landes et les falaises spectaculaires de la pointe du Raz, inscrivant Ty-ar-c'horriket dans un territoire chargé de nature et d'histoire. Ce monument classé Monument Historique depuis 1924 demeure l'un des représentants les moins fréquentés — et donc les plus authentiques — du mégalithisme finistérien.
L'allée couverte de Ty-ar-c'horriket répond aux canons morphologiques des sépultures mégalithiques de la façade atlantique armoricaine. Elle se compose d'une chambre allongée — l'allée proprement dite — constituée d'une double rangée de dalles verticales en granite, les orthostates, dont la hauteur oscille généralement entre 1,20 et 1,80 mètre pour ce type de monument finistérien. Ces montants latéraux soutiennent un ensemble de dalles de couverture horizontales, les tables, dont le poids considérable assure la cohésion structurelle de l'ensemble sans recours à aucun mortier ou liant. Le granite employé est celui du massif local du Cap Sizun, roche éruptive d'une grande dureté dont les blocs, probablement extraits à faible distance, ont été déplacés et mis en œuvre grâce à des techniques combinant l'usage de leviers en bois, de rouleaux, de cordages en fibre végétale et d'une main-d'œuvre collective importante. L'orientation de l'allée suit vraisemblablement un axe est-ouest, disposition fréquente dans les monuments funéraires néolithiques bretons et peut-être liée à des considérations astronomiques ou symboliques. L'entrée de l'allée était probablement fermée, à l'origine, par une dalle de chevet ou un dispositif d'obturation permettant les réouvertures successives pour les inhumations. Certains monuments comparables du Finistère présentent également une dalle perforée à l'entrée, dite « hublot », dont la fonction — passage des âmes ou manipulation des ossements — reste débattue parmi les préhistoriens. L'ensemble reposait certainement sur un tertre de terre et de pierres aujourd'hui en grande partie disparu, qui conférait au monument sa silhouette tumuli caractéristique dans le paysage néolithique.
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Beuzec-Cap-Sizun
Bretagne